coopératives de consommateurs

Le renouveau des coopératives de consommateurs

24 novembre 2023

A l’occasion du Mois de l’ESS, le Cédias-Musée social, en partenariat avec la Fédération nationale des coopératives de consommateurs (FNCC), a consacré la semaine du 20 novembre 2023 d’exposition et de débats à la coopération de consommation, entre puissance, crise et renouveau.

Le Cédias-Musée social créé en 1894 sous la forme d'une fondation privée reconnue d'utilité publique poursuit une mission de réflexion sur les actions sociales, les problèmes sociaux et la façon « d'entreprendre autrement » en favorisant les études, les échanges, l'information et la documentation orientés tout particulièrement vers l'Économie sociale et solidaire. Fort de sa bibliothèque (120 000 ouvrages), le Cédias a pour ambition l’ouverture d’une bibliothèque dédiée à l’économie sociale et d’un Centre de référence de l’Histoire de l’économie sociale. C’est dans cette perspective que la Fédération nationale des coopératives de consommateurs lui a confié ses archives.

Les coopératives de consommateurs aujourd’hui

En ouverture de la semaine du 20 novembre dédiée aux coopératives de consommateurs au Cédias, Loïc Pelletier, président de la FNCC et ancien président de Coop Atlantique, a rappelé les fondamentaux des coopératives de consommateurs, notamment : le respect des sept principes coopératifs, un capital 100% coopératif, une participation et une gouvernance démocratique, la recherche de la qualité et du juste prix, la ristourne…

coopératives de consommateurs

Le témoignage de Jacques Debry, administrateur délégué de Febecoop (Belgique) a permis de contextualiser la crise des années 80 qui a frappé les coopératives de consommateurs en France mais également en Europe. En Belgique, le mouvement coopératif de consommation, très puissant et politique, a essaimé de manière extrêmement rapide. Aujourd’hui, il ne subsiste aucune coopérative sur ce modèle en-dehors de quelques coopératives de pharmacies, ou dans le secteur de la banque-assurance. Le renouveau coopératif se situe dans le domaine de la production électrique et les énergies renouvelables.

En France, on voit de nouvelles formes de coopératives de consommateurs émerger. Depuis 2016, le modèle du supermarché coopératif et participatif La Louve à Paris essaime sur l’ensemble du territoire : une dizaine de points de vente et une trentaine de projets, à ce jour. Tom Boothe le fondateur de La Louve, est revenu, lors de la table-ronde du 20 novembre sur « Les coopératives de consommation aujourd’hui », sur le modèle issu de la coopérative de Brooklyn « Park Slope », une exception aux Etats-Unis ! Conscient de porter un idéal, il a mis en garde les porteurs de projets qui s’inspirent de ce modèle de supermarché coopératif et participatif, mais qui selon lui ne peut être dupliqué partout. Il s’agit souvent de petites initiatives sur des territoires très différents.

Jean-Claude Richard, auteur de « Les consommateurs ouvrent leurs épiceries » (Editions Libertaires, 2023) venu présenter l’exemple de l’épicerie autogérée de Saint-Denis (93) Dionycoop, a recensé 350 épiceries associatives ou coopératives en France : 130 épiceries associatives, 110 Épi (économie participatives intégrales), 49 épiceries auto-gérées et 41 supermarchés coopératifs et participatifs (dont le terme de « supermarché » est souvent exagéré !), souvent en ruralité, sans ou avec peu de marge.

Chiffres clés

  • 5 coopératives « historiques »

1,2 Mds € de chiffre d’affaires (HT et hors carburant)
4 200 salariés
250 points de vente
150 000 coopérateurs actifs

  • Coopératives sur le modèle de La Louve

10 points de vente significatifs ; 30 en montée en puissance
25 000 coopérateurs actifs

  • Coopératives adhérentes à Biocoop

50 points de vente

Le renouveau dépasse le modèle de la coopérative de consommateurs, selon Chahin Faïq, secrétaire général de l’alliance Les Licoornes qui réunit 13 coopératives en majorité sous forme de Sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic). Il s’agit d’une offre cohérente multisecteurs sur le principe d’une transition écologique juste, avec l’ambition de permettre au consommateur de se réapproprier l’économie, voire de la transformer radicalement.
« La coopération est une force d’innovation sociale » a rappelé Jean-Louis Bancel, président de la Fondation Crédit Coopératif. Les prochains défis viendront selon lui du contrôle des données, de la question alimentaire et de la rétractation de l’État providence.

Un mouvement puissant dans le secteur social et novateur

expo coop conso

Dès la création des premières coopératives de consommateurs, leurs fondateurs ont ajouté des œuvres de solidarité à leur rôle économique. Le mouvement de la coopération de consommation s’est doté d’un puissant secteur social, dans plusieurs secteurs : les loisirs, avec des centres de colonies de vacances pour les enfants et des comités de loisirs pour les adolescents et adultes ; la santé, avec la maison de convalescence et de rééducation fonctionnelle d’Azay-le-Rideau destinée aux femmes ou encore un préventorium à Saint-Trojan pour les jeunes… ; l’assurance Coop très économique (automobile, incendie…) ; le crédit, avec des aides distribuées aux jeunes ménages ; le logement, avec Coopération et Famille, société coopérative d’Hlm.
En 1955, la FNCC crée une association, le Laboratoire coopératif d’analyses et de recherches qui deviendra le Laboratoire coopératif pour la protection, l’information et la représentation des consommateurs. La structure emploie de 10 à 20 personnes. Le Laboratoire coopératif contrôle la qualité des produits alimentaires de la marque Coop et d’autres marques distribuées par la centrale d’achat. Il représente les consommateurs dans de nombreuses commissions (CNRS, Inserm…), intervient auprès du législateur, etc. La crise de 1985 entraine sa disparition.

Fin de l’âge d’or de la coopération de consommation

Forte de ses 3 millions de sociétaires en 1980 et ses 6 500 points de vente, dont 395 supermarchés, bien qu’elle connaisse des difficultés dès les années 1970, la coopération de consommation n’est pas parvenue à s’adapter aux changements et à la concurrence féroce des supermarchés et hypermarchés à la fin des Trente Glorieuses.
Pour pallier la disparition des organismes centraux, les coopératives ont dû prendre l’enseigne d’autres distributeurs et ont perdu en lisibilité, tout en conservant leurs valeurs.
Passé sous enseigne Carrefour, Coop Atlantique rejoint en 2012 l’enseigne coopérative U Ouest. Ses 115 points de vente sous enseigne Coop et ses 65 magasins sous bannière U se déclinent dans 12 départements autour de la Charente-Maritime.
Dans les années 1980, d’autres coopératives se créent pour la diffusion de produits Bio, par exemple Biocoop, coopérative de commerçants qui à l’origine regroupe une majorité de coopératives de consommateurs. Elle est aujourd’hui l’une des coopératives adhérentes aux Licoornes.

La table ronde organisée le 22 novembre sur « la crise de la coopération de consommation en France (1985-1986) » a été tout à fait éclairante, réunissant les points de vue d’experts et d’acteurs de l’époque.  Michel Dreyfus, historien de l’ESS, et Jean-François Draperi, sociologue, expert de l’ESS, en particulier des coopératives, ont exposé les causes multiples de la crise qui a conduit à la disparition express d’une grande majorité de coopératives de consommateurs : des prix trop élevés, la réduction de la ristourne, et le manque de soutien syndical ou de l’État contrairement à la crise de 1934. Il apparait également que les régions les plus militantes ont payé leur absence de vision stratégique et leur défaut de gestion et de bonne gouvernance.

Jean Grave, alors dirigeant de Coop Atlantique à Saintes, a témoigné de la difficulté pour les coopératives de discuter les conditions d’achat en tant que négociant, étant elles-mêmes des industriels sur la production de pâtes, d’huile, de bière, de chocolat, de conserves…
Il a également pointé la nécessité d’une gouvernance séparée, sous forme de Directoire et Conseil de surveillance qui aurait permis aux coopératives de prendre les bonnes décisions stratégiques.

Enfin, les témoignages de Marcel Hipszman, en tribune, et Thierry Jeantet, depuis la salle, anciens adjoints du Délégué interministériel à l'Économie sociale (DIES), ont permis de revenir sur le rôle de l’État face à cette crise. La DIES a accompagné la FNCC entre 1983 et 1986 et échangé avec tous les acteurs, y compris les partenaires de l’économie sociale et les syndicats, sans aboutir à un redressement.

Responsabilité et liberté

Dans son discours de conclusion de cette semaine riche, Loïc Pelletier a évoqué les travaux réalisés avec les étudiants de la Sorbonne sur le thème « consommation et responsabilité sociale », qui a fait l’objet d’une publication de la FNCC. Une table ronde le 21 novembre avec Emmanuel Picavet, professeur de philosophie, Katia Martin Chenut, juriste, tous deux animateurs de l'axe RSE de l’Institut des Sciences juridiques et philosophiques de la Sorbonne ont échangé sur ces questions. Anaïs Schill, juriste de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme a répondu à la question « comment le droit de la consommation vient en appui de cette prise de conscience des consommateurs ? » et Xia Ying, professeur d'une université de Pékin a apporté la vision ce ces questions en Chine.

PROGRAMME DE LA SEMAINE [lien]